<< Mai 2012 >> 
 Lu  Ma  Me  Je  Ve  Sa  Di 
   1  2  3  4  5  6
  7  8  910111213
14151617181920
212223242627
28293031   
Jun01797.jpg

Menu utilisateur

Se connecter

administration

Administration du site
Les prescriptions pendant l'époque révolutionnaire

C'est ainsi que j'ai appris que notre Roi Louis XVI a été guillotiné le 21 Janvier. Cette exécution a entraîné l'entrée en guerre de l'Angleterre et de la Hollande aux côtés de l'Autriche et de la Prusse. La patrie est en danger. La période est trouble avec des émeutes dans différentes villes ou régions comme la Vendée. Ici c'est plutôt calme, mais le Conseil a mis en place une garde nationale, sous les ordres d'un Capitaine assisté d'un Lieutenant, et de sous-officiers, tous élus par la population, et un Comité de surveillance qui doit s'assurer du bon comportement républicain des habitants.
On nous dit que l'Armée de la République a besoin d'hommes pour défendre nos frontières. Ainsi, le 7 Mars, le Conseil a exposé à la population le fonctionnement de l'Armée, les pensions de retraite, les salaires de tous les grades et a lancé un appel aux volontaires… Je ne suis pas intéressé, ni aucun de mes concitoyens.

On a été rassemblé à nouveau le 23 Mars et là, le Conseil nous a dit qu'il accordait une prime de 300 livres aux volontaires.
Cinq de mes copains se sont aussitôt présentés « et ont prêté serment aux formes accoutumées et ont signé ».

Moi, je préfère rester au pays. Le 7 Avril, les cinq volontaires « ont été enjoints de se rendre le lendemain à Voiron sur les 7 heures du matin pour être conduits à Grenoble par le citoyen commissaire nommé par l'administration ».Malheureusement, notre Armée recule sur tous les fronts et le Comité de Salut Public à la tête de notre République a décidé de porter ses effectifs de 300.000 à 750.000 hommes. Le volontariat ne suffit pas et le 23 Août, le Comité décrète la levée en masse.On ne traîne pas au Conseil, car dès le 27 Août, tous les citoyens de la Garde Nationale de Saint-Aupre, ceux de 16 à 25 ans, les veufs sans enfants jusqu'à 35 ans, les célibataires jusqu'à 40 ans sont convoqués. Nous sommes 109 dans cette situation et le tirage au sort en désigne 29 dont le « départ pour la défense de la Patrie est cependant momentanément suspendu ».
Mais le 6 Septembre, 6 parmi les 29, seront retenus et « devront dès le lendemain se rendre à Grenoble pour y organiser le bataillon mis aux ordres du Général ». Cela étant, le Conseil signale aux administrateurs « qu'il ne peut armer les citoyens requis, attendu qu'il n'existe dans la commune aucun fusil de (?) munitions ou fusil de chasse du calibre de guerre, parce que tous ceux qui existaient ont été fournis dans les précédentes levées ». J'ai de la chance, je ne fais pas partie des citoyens requis.
Ma chance ne va pas durer. Le 14 Novembre, le Conseil charge ses membres de requérir chacun dans leur hameau les célibataires de 18 à 25 ans pour qu'ils se rendent dès le lendemain matin à 5 heures sur la place d'armes du village pour, ensuite, se rendre sur le champ à Voiron pour y organiser la Compagnie avec les officiers municipaux de ce lieu. Nous nous sommes retrouvés une trentaine de célibataires (Quel dommage que je n'ai pas marié la Marie… j'aurais pu échapper à la réquisition), dont un malade, un faible et trois infirmes qui ont été dispensés.
Adieu la ferme. Nous sommes partis, mais je dois dire que je n'ai pas apprécié la délibération du Conseil qui, à l'occasion de cette réquisition, « témoignait aux officiers municipaux de Voiron de ses sentiments de vive reconnaissance pour la peine qu'ils se donnaient pour l'affermissement de la République » et qui, en outre, annonçait « que le Comité de Surveillance se réunirait avec les officiers municipaux pour arrêter et, le cas échéant, conduire au Bataillon de leur district, les jeunes gens qui auraient la lâcheté de rester dans leur foyer…».
J'ai dit au revoir à ma famille, aux amis et amies. Mais, si vous le permettez, j'aurais l'occasion dans un prochain bulletin de vous parler d'autres évènements de cette époque…
En attendant j'espère que mes descendants, dans 200 ans, auront une vie plus tranquille dans mon village. »

Gérard Sainfort

 
Copyright © 2012 Site officiel de la commune de Saint Aupre. Tous droits réservés.- réalisation Alkes - photos Danièle DOUZET